Mélancolie heureuse

 

Les rêveurs ne sont pas souvent bien accueillis dans notre monde où le pragmatisme est roi. De nos jours, l'efficacité est élevée en dogme tout puissant, et la rêverie na pas prétention à être efficace.

Il y a des rêveurs gais qui s'émerveillent de tout ce qui leur tombe sous les yeux, et il y a les rêveurs tristes, ceux qui profitent du moindre coucher de soleil, de la moindre ombre aperçue, du moindre trouble dans le regard, pour tomber dans la mélancolie. Je suis de ceux-là.

La mélancolie, c'est cet état particulier qui se déclenche à la vue d'une image, à la lecture d'un mot, à l'écoute d'une note, cet état où l'on sort complètement du monde réel pour nous plonger dans une tristesse vague et indéfinie, ce moment pendant lequel on se coupe du monde pour retrouver quelque chose que l'on avait mis de côté, remisé dans notre mémoire.

Cette mélancolie peut enfoncer, écraser et détruire, et l'on sombre alors dans la pathologie. La tristesse est un sentiment qui anéantit. Il faut savoir faire abstraction de sa tristesse, la mettre au placard pour ne la ressortir qu'au moment opportun, et l'on peut alors commencer à tirer bénéfice de sa mélancolie. Il faut être capable de sécher ses larmes pour bien voir, pour être saisi par la beauté que l'on ne pouvait soupçonner dans le trouble de la tristesse.

Dans le pire des malheurs il est quelque chose à admirer. C'est à partir de là que la mélancolie devient heureuse.

 

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